Idée reçue n°6 : les peaux d’agrumes ne se compostent pas…

agrumesOn a tous et toutes lu ou entendu dire au moins une fois qu’il ne faut pas mettre de peaux d’agrumes dans son composteur. La plupart des sites Internet qui traitent de près ou de loin du compostage relaient cette information, de même que bon nombre de guides du compostage édités et distribués par nos collectivités locales dans le cadre des programmes locaux de prévention des déchets.

Mais a-t-on vraiment cherché à savoir pourquoi les peaux d’agrumes sont ainsi systématiquement interdites de compostage ?

Selon les rumeurs, les peaux d’agrumes ne se décomposeraient pas en raison de leur acidité, ou parce qu’elles contiendraient trop de résidus de pesticides, ou parce qu’elles sont trop épaisses et coriaces, ou enfin parce que les agrumes proviennent parfois de pays exotiques… A en croire ces rumeurs, il serait donc impossible de composter une peau d’agrume. La Nature aurait-elle inventé un déchet qu’elle ne sait pas recycler ?

Les équipes de Compost Challenge ont creusé la question pour regarder tout ça de plus près.

L’acidité

C’est la cause la plus souvent invoquée pour ne pas composter les agrumes. Tomates, ananas, kiwi, pommes sont aussi acides que les agrumes, mais ne sont pourtant pas interdits de compostage. Ah ben oui, en effet… Un processus de compostage qui se déroule correctement passera au début par une phase acide (pH < 7), et ce quelles que soient les matières compostées. L’acidité de telle ou telle matière n’aura donc aucun impact sur le travail des organismes, et le compost mûr sera quant à lui légèrement basique (pH > 7). Donc l’acidité, on oublie.

Les résidus de pesticides

Une bonne partie des fruits et légumes que nous consommons ont reçu un ou plusieurs traitements chimiques (dans le champ, dans l’usine de conditionnement, pendant le transport…) qui se concentrent essentiellement dans la peau. D’ailleurs les pommes, les raisins et les fraises (pour n’en citer que 3) reçoivent beaucoup plus de produits chimiques que les agrumesAh ben oui, en effet… Les quantités infinitésimales de résidus de pesticides présentes sur les épluchures ne gêneront absolument pas les microorganismes du compost. Certaines molécules chimiques se décomposeront, d’autres se volatiliseront ou se feront lessiver, d’autres encore se fixeront sur les organismes, bref, on aura du compost et il sera même un peu moins contaminé que les matières qu’on y a mis au départ. Donc on oublie les pesticides.

L’épaisseur

Les peaux d’agrumes sont parfois assez épaisses, il est vrai, mais elles sont molles et encore humides. L’épaisseur d’une matière importe peu pour le compostage : une pomme entière sera décomposée en 2 ou 3 mois, alors qu’un petit noyau de prune résistera pendant 2 ansAh ben oui, en effet… Une pomme c’est mou et plein d’eau, un noyau c’est dur, sec et compact. C’est l’humidité qui permet le développement des bactéries et autres microorganismes décomposeurs. Même si une matière est plutôt épaisse mais bien humide, elle sera décomposée rapidement. Par contre si une matière a du mal à s’humidifier car trop sèche, trop dure, trop compacte (essayez de mouiller à coeur une coquille de noix…), sa décomposition sera fortement ralentie. Donc l’épaisseur, on oublie.

Le caractère exotique

Certains fruits et légumes (dont certains agrumes) sont dits « exotiques » car ils ne poussent pas sous nos latitudes et viennent très souvent de pays de l’hémisphère sud. Ils n’ont certes pas la même allure, la même texture ni le même goût que les nôtres, mais les éléments constituants des fruits et légumes du Nord et du Sud sont exactement les mêmes (eau, sucre, acides aminés, fibres…). Ah ben oui, en effet… Nos microorganismes sauront donc très bien s’y prendre pour les composter. Donc le caractère exotique, on oublie.

 

Bon ben alors, on peut composter les peaux d’agrumes ou bien ? Evidemment, car on n’a encore jamais vu un végétal que la nature a créé mais qu’elle ne sait pas composter…

orange-moisissure

Gardons simplement à l’esprit que toutes les matières ne se compostent pas aussi vite les unes que les autres, notamment car certaines produisent naturellement des « protections » contre les attaques extérieures (la peau des fruits et légumes est d’ailleurs la première barrière). La peau de l’agrume protège le fruit de part son épaisseur, mais aussi grâce à des composés chimiques (appelés terpènes) qui ont un effet légèrement bactéricide. Le plus connu est le limonène qui donne cette odeur caractéristique aux agrumes. Ça complique un peu le travail des bactéries, mais n’empêche pas les champignons (moisissures) de commencer à décomposer la peau et ses composés chimiques pour que les bactéries puissent se joindre au festin. En 2 à 3 mois les peaux seront décomposées comme les autres épluchures.

Alors les peaux d’agrumes, on les composte !

21 commentaires

  • Très instructif le compostage des peaux d’agrumes.
    Et maintanant je n’hésite plus à les composter.

    MORTAS Gisèle Répondre
  • Merci pour cet article particulièrement précis ! Une petite question quand même : il se trouve que j’habite un appartement en ville et que j’ai un lombricomposteur… Vous me voyez venir ? Est que les agrumes ne risquent pas de déplaire à mes chers lombrics ? Voire même les repousser ? Bonne soirée !

    Bruno Répondre
    • Bonjour Bruno
      Quelques peaux d’agrumes de temps à autre ne poseront pas de problème.
      En revanche si vous faites du jus d’orange tous les matins, ça risque de saturer votre lombricomposteur !
      Je vous conseille de tester avec une petite quantité (une peau de citron ou de mandarine) et d’attendre 15 jours. Si c’est partiellement décomposé, c’est que l’activité est suffisante. Dans le cas contraire, évitez d’en rajouter.
      Bon compost !
      Alan

      Alan Le Jéloux Répondre
  • Merci beaucoup pour ce que vous nous avez apporter comme informations et avec humour ! Encore bravo pour votre aide.

    Maya Répondre
  • Merci,
    Pour cette info, je continue donc de mettre mes peaux d’agrumes au composte.

    Boua Françoise Répondre
  • C’est lié à une confusion avec le VERMIcompostage (ou LOMBRIcompostage)! Bien sûr que tout végétal se composte, mais les peaux d’agrumes font partie de la liste des choses à ne pas mettre pour les vers. Vous avez tous déjà mangé à pleines dents une orange coupée en quatre, et eu cette sensation de fourmillement sur vos lèvres par le contact avec la peau fraîchement coupée…Le zeste d’agrumes contient des substances anesthésiantes sur les muqueuses, alors imaginez sur un animal qui n’est que muqueuses…De la même façon pour l’ail ou les oignons dont les substances sont irritantes et bien connues pour être…vermifuges! Bref cela repose sur une vérité dans le lombricompostage, mais qui n’a pas lieu d’être étendue au compostage en pleine terre, où les vers ne sont pas dans un territoire limité et pourront s’éloigner dès les premières sensations désagréables pour ne revenir que quand les bactéries auront dégradé les substances dangereuses :-)

    Liloloo SA Répondre
    • Article très intéressant et la précision apportée sur la différence de traitement entre compostage et lombri-compostage explique surement la propagation (et la persistance) de l’idée reçue selon laquelle il ne faut pas mettre d’agrumes dans le compost.

      Chris Répondre
  • Merci pour ces utiles informations.

    Sigel Répondre
  • Rétroliens : Défi zéro déchet | Aux lettres sauvages

  • Merci très intéressant. Et bravo pour cette démarche expérimentale qui permet de sortir des « on dit » !

    Christophe Certain Répondre
  • Merci pour cette éclairage

    La fortune Répondre
  • Agrumes Bio. Faire des jus les manger et garder les épluchures coupées en lamelles au congélateur jusqu’à atteindre 500 grammes et faire avec des écorces confites. En gros les mettre à bouillir 3 fois et les rincer, rajouter 500 grammes de sucre, cuire jusqu’à presque disparition du sirop. Mettre au four à sécher 2 heures à 50 degrés et dans une boîte en fer avec du sucre cristal, remuer. Les écorces se conservent un mois max, se consomment telles que ou les enrober de chocolat ou faire des cakes avec. Je fais du pain d’épices avec et au lieu du lait je mets du jus d’orange !
    Dans le compost, pas de problème, c’est vrai que c’est plus long et souvent les pépins y germent !

    Daniel Carré Répondre
  • Bonjour,

    Je consomme pas mal d’agrumes (3 oranges, 1 pamplemousse et un citron par jour), que je stock en semaine, pour les déposer au compost au jardin le week end.
    Mon composteur déborde. Donc, j’ai pris l’option Nordique, de déposer directement mes déchets dans le sol, en bêchant. J’ai tendu le dos, me disant que les lombrics n’allaient pas trop apprécier.
    Et bien, ils sont en pleine forme, les agrumes se décomposent rapidement, apportant de l’humidité au sol et, miracle des miracles, j’ai tout qui pousse au jardin.
    De plus, alors que mes voisins de jardin sont déjà en guerre contre les doryphores, moi je n’en ai aucun, même pas une ponte sur une feuille de pomme de terre. Rien.
    Mes agrumes sont soit bio soit sans traitement. Pour moi, ca fonctionne très bien alors que cette solution était fortement désapprouvée par mes voisins jardiniers.
    Maintenant, j’ai mes cultures qui poussent et eux guerroient ardemment contre les nuisibles et pour faire pousser quelque chose.

    ROBERT Répondre
    • Bravo Robert, vous avez tout compris ! Continuez et vous ferez des adeptes :)

      Daniel Répondre
  • Enfin un article raisonnable sur les épluchures d’agrumes ! Merci pour cette publication de la part d’un Maître Composteur.

    Daniel Répondre
  • Bonjour,
    Bel article.
    Pour ma part, je composte les peaux d’agrumes depuis des années. En hiver, mon épouse et moi-même buvons un verre de jus d’agrumes par jours. Je n’ai remarqué aucun problème avec le compost obtenu. Il est vrai que je composte en 2 phases. La 1ère année le compost est stocké, il est retourné 2 à 3 fois par an. Lorsque je commence les travaux de jardin à la fin de l’hiver, je déménage tout le compost dans un endroit ombragé et je laisse nos amis lombrics faire leur travail. Je peux vous assurer qu’il sont légions. Après un an, je récupère ce compost qui est d’une bonne finesse. Le compost est donc réalisé sur +/- 2 ans. Le seul point que je ne maîtrise pas, c’est la quantité de pesticide résiduel. Comme indiqué, il y a énormément de lombrics mais ces petites bêtes sont très résistantes et le nombre ne me donne pas une indication fiable sur le taux de pesticide.
    Est-ce que vous seriez au courant sur des tests et analyses de pesticides résiduels de compost comportant des peaux d’agrumes ?
    Bon compostage à vous tous.

    Franco Répondre
    • Bonjour Franco,
      Merci pour votre retour d’expérience !
      Ne vous formalisez pas trop pour les pesticides sur nos épluchures, car il y en a aussi beaucoup dans l’air et dans l’eau !
      Ceci étant ces molécules chimiques sont présentes dans le compost en quantité infimes et le processus de compostage bien réalisé permet d’en avoir un peu moins à la sortie qu’à l’entrée (via du lessivage, de la volatilisation et du filtrage par les organismes). C’est encore plus vrai pour vous puisque vous attendez environ 2 ans pour récupérer le compost mûr, ce qui laisse encore plus de temps pour éliminer ces résidus.
      Donc continuez à composter et à utiliser votre compost sans aucun souci !
      Et pour partager vos expériences avec vos voisins, pensez à la Semaine Nationale du Compostage de Proximité : https://www.semaineducompostage.fr/

      Alan

      Alan Le Jéloux Répondre
  • Bonjour et merci pour tous ces détails!
    Je mettrais tout de même un petit bémol aux pelures d’agrumes.
    Premièrement les restants issus de la consommation d’agrumes est plus élevé que celui des tomates par exemple (si tu mange une tomate il ne devrait pas rester grand chose alors qu’avec un agrume…).
    Personnellement après des années de gestion de sites de compostage communautaires je pense tout simplement qu’il faut éviter les abus et donc de mettre en grande quantité une matière.
    Aussi lorsqu’on gère soit même ou en famille son composteur il est nettement plus facile de contrôler les quantités déposées. Allez contrôler l’ajout de pelure d’agrumes surtout en hiver dans un site de compostage communautaire…
    Dernièrement, encore une fois en compostage collectif (ou communautaire) étant donné la quantité de personnes qui déposent leurs matières à décomposer nous sommes obliger de récolter un compost jeune tout juste mature (9 mois à 1 an de décomposition) car il faut constamment faire de la place pour que tout le monde puisse continuer à composter. A ce stade la de maturation il me semble que le compost risque d’être pas mal acide, trop si on ajoutait en quantité des pelures d’agrumes ce qui pourrait être presque néfaste pour la majorité des plantes potagères par exemple.
    Tout ceci juste pour dire que je suis d’accord avec cet article mais pense qu’il y a des différences a faire entre les différents type de gestion de compostage (domicile, collectif, industriel, vermi…).
    Merci encore pour les précisions que je ne connaissais pas et bonne journée.

    Lilian Répondre
    • Bonjour Lilian
      Merci pour votre partage d’expérience !
      Vous avez bien raison sur la notion d’équilibre : un compost alimenté avec une diversité de matières de la cuisine et du jardin, c’est l’idéal.
      Sur la durée de compostage, on peut estimer que le compost est mûr et stable après une dizaine de mois. Donc normalement, pas de risque d’acidité dans votre compost de 9 à 12 mois. Avec des apports modérés de compost (on n’en a qu’une fois par an !), aucun risque sur les plantes du potager, surtout lorsqu’elles sont bien développées. N’oubliez pas qu’il est déconseillé de semer dans du compost.
      Bonne continuation !
      Alan

      Alan Le Jéloux Répondre
  • A cause de l’odeur détestable et les pesticides résiduels je n’ai jamais composté les pelures des agrumes . Par contre je les sèche et ils deviennent d’excellents allume-feux!

    Thevoz Répondre

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